Podcast « Optimiser l’emballage » – Episode 3 : Quels seront les emballages de demain ?
Dans ce troisième et dernier épisode du podcast Optimiser l’emballage, nous nous intéressons aux innovations qui transforment le secteur : éco-conception, nouveaux matériaux, intelligence artificielle et solutions durables pour répondre aux enjeux environnementaux de demain.
Quelles sont les voies pour l’emballage de demain ? En quoi l’éco-conception peut-elle accompagner le secteur de la supply chain dans la réduction de son impact environnemental ? Comment les nouvelles technologies contribueront-elles au développement de l’emballage du futur ?
Laurène : Bonjour à toutes, bonjour à tous. Je suis à Namur, en Belgique, accompagnée de Vinciane, Lamy, coordinatrice de la formation Green Packaging Design en Belgique. Ce sont des études supérieures en trois ans autour de l’emballage durable. Bonjour Vinciane.
Vinciane : Bonjour.
Laurène Alors on va démarrer ce podcast ensemble autour d’une question assez large. On va faire la technique dans l’entonnoir, ça va se réduire au fil de la conversation.
Pour démarrer, est-ce que vous pourriez nous expliquer ce qu’on entend par Green Packaging et en quoi est-ce que vous considérez en tout cas que c’est une des voies de l’emballage de demain ?
Vinciane : L’emballage durable, pour nous, c’est une évidence, il faut y aller, on n’a plus trop le choix. C’était important de faire une formation qui permet à des jeunes de créer des emballages innovants, différents, avec de nouveaux matériaux. Le Green Packaging, c’est de l’emballage réfléchi selon des concepts de réutilisation, de diminution, parfois même de refus d’utiliser certains matériaux, jusqu’au recyclage. Mais en fait, le recyclage, c’est le dernier niveau.
Il faut aussi, s’il est compostable jardin, par exemple, il est beaucoup plus intéressant l’emballage. C’est de l’éco-conception au sens large, mais particulièrement sur l’emballage.
Laurène : Alors justement, vous avez prononcé le mot d’éco-conception. En quoi est-ce que l’éco-conception, elle peut accompagner le secteur de la logistique, du transport, donc les secteurs qui nous concernent, dans la réduction de son impact environnemental qui, on le sait, est assez important ?
Pour moi, il y a une importance qui se joue particulièrement au niveau de la réduction. Si on arrive à réduire l’emballage, on peut en mettre plus dans un camion, donc on réduit l’empreinte carbone liée aux énergies de transport. On sait que l’énergie, ça va coûter de plus en plus cher. Il faut aussi faire un effort à ce niveau là. Si on allège aussi le transport, ça a aussi une conséquence positive sur l’empreinte carbone. On peut naturellement déjà travailler au niveau du produit. Si on réduit le produit à son essence, qu’on ne transporte plus de l’eau, par exemple, l’eau est très lourde et on a tous tous au robinet, ce n’est pas très logique. Pour des cosmétiques, pour des boissons, pour des détergents, si on remplace un flacon en plastique rempli d’eau et de 3% de produits qui nettoient, si on remplace ça par une petite capsule, au lieu de mettre 15 palettes dans un camion, on met un carton.
Il y a vraiment un grand intérêt. L’éco-conception, de toute façon, on n’a pas trop le choix. La réglementation européenne, elle est là depuis 2001, elle se durcit avec des objectifs à 2030, 2035, 2040, avec une réduction de l’emballage de 35%. Il va falloir qu’on trouve des solutions pour rentrer dans ces objectifs et on y est tous contraints.
L’éco-conception, elle est super intéressante sur tous les niveaux de l’emballage, mais dans la partie logistique, naturellement, si on arrive à réduire, et de manière parfois très forte, on ne pourra pas réduire de manière drastique tous les produits, mais si certains, on les réduit de 98% et qu’on réduit l’emballage, le sur emballage, les systèmes de calage, là il y a vraiment un impact très intéressant sur la supply chain, sur toute la logistique et sur la réduction des coûts énergétiques dans ce domaine. Même au niveau du stockage, c’est une problématique. Il y a un gros problème de surface et d’emprise au sol. Ce serait aussi une des solutions en amont.

Laurène : Tout à fait. Quels sont, pour vous, qui œuvrez dans cet environnement au quotidien, est-ce que vous avez perçu, vu des évolutions assez significatives ces dernières années, par exemple sur les matériaux d’emballage, sur le carton, des innovations en termes d’éco-conception ?
Vinciane : Alors, il y a vraiment beaucoup d’innovations. Moi, j’observe ça depuis au moins deux décennies. Vraiment, ça m’intéresse depuis longtemps. Et c’est d’ailleurs l’objectif de la formation Green Packaging Design, c’est qu’on veut faire les ponts entre toutes les innovations scientifiques et le design pour changer les lignes de production, pour faire évoluer l’emballage, selon les réglementations européennes qui, de toute façon, nous y contraignent.
En termes, par exemple, de carton, il y a la micro-cannelure qui est tout aussi résistante et très intéressante. Il y a des changements sur les cols, donc il y a aussi une réflexion autour de la recyclabilité.
Ce sur quoi on travaille et qui est vraiment très chouette, c’est le Pulp Pak. C’est de la cellulose. On peut vraiment travailler avec du papier recyclé, du carton recyclé. On va compresser cette cellulose de manière mécanique avec des outils proches de l’injection plastique. Sauf que là, on met de la cellulose, on va très très fort compresser et on peut avoir des formes très intéressantes qui englobent le produit. Et c’est une matière qui, à la fois, est assez solide, assez dure et en même temps souple. Elle protège des chocs. C’est très intéressant, par exemple, en logistique, pour protéger un objet fragile, d’utiliser ce système là. Puisqu’on a, déjà, on est sur du produit recyclé.
Deuxièmement, on utilise moins de matière, il y a moins de vide, en fait, parce qu’on va vraiment à l’essence, on va toucher le produit. Et en plus, ça absorbe les chocs. ça, c’est génial ! On va aussi parler de mycélium, par exemple, le champignon, qui permet de faire des calages au niveau logistique, donc qui remplace la frigolite ou tout le plastique, etc., qu’on peut mettre pour protéger un produit. Il existe des matières naturelles comme le champignon qui sont très très intéressantes et qu’on va pouvoir remettre dans la nature. C’est home compost, il y a un gros avantage. On sait que la frigolite, en tout cas, chez nous en Belgique, il faut aller au container, il faut se déplacer, on ne peut pas mettre ça dans les sacs, etc. C’est contraignant quand on achète un écran géant ou un casque audio. On est lié à ça. Il y a vraiment un intérêt à utiliser ce genre de produit. Et par exemple, nous, on a une usine à Bruxelles qui s’appelle Permafungi, qui s’est ouverte il y a quelques mois et qui est dédiée à faire de l’emballage à partir de mycélium. On voit que ça rentre dans les pratiques. Ce n’est pas juste une utopie, ça rentre dans les pratiques. Il y a plein plein de matériaux intéressants qu’on va pouvoir faire aussi à partir de résidus agricoles. Par exemple, toutes les pailles de blé, on utilise le blé, la paille, on ne l’utilise pas. La drèche, les résidus de houblon, c’est tous des éléments qu’on va pouvoir utiliser, réinjecter dans ce type de produit ou dans d’autres matériaux. Je pense à celui de Sulapac, par exemple, qui permet de faire de l’emballage aussi à partir de résidus comme ça. Donc, il y a plein de solutions qui existent déjà.
Un peu partout, en fait. Proche de chez nous, l’Angleterre développe énormément de choses. Il y a beaucoup de solutions qui viennent d’Asie parce qu’ils sont beaucoup. Eux, ils ressentent les problèmes beaucoup plus fort que nous encore, déjà depuis plusieurs années. Donc, ils ont mis en place beaucoup de choses plus rapidement que nous. Nous, on peut prendre toutes ces solutions et les mettre en place.
Laurène : Il y a aussi un facteur un peu disruptif qui est présent depuis quelques années maintenant, c’est l’intelligence artificielle et les nouvelles technologies qui l’accompagnent. Est-ce que cette intelligence artificielle peut contribuer au développement, à la construction d’un emballage du futur plus durable, plus vertueux ?
Vinciane : Alors, je vais sans doute en énerver certains, mais oui, bien sûr.
Alors, le problème derrière toute nouvelle technologie, c’est qu’il y a des bienfaits et des inconvénients. Ça dépend toujours de la manière dont on l’utilise et la manière ici dont elle capte les énergies, dont elle consomme les énergies. L’IA, elle peut être vraiment, en effet, nous aider à performer, à utiliser le moins de matières premières, à réduire, à trouver les meilleurs systèmes de pliage, justement, quand on réduit, pour mettre de la force, de la résistance à la physique des matériaux, etc. Donc, l’IA, elle a vraiment un intérêt à ce niveau là. Nous, par exemple, on a créé un petit moteur dans notre lab qui est géré par une IA derrière, d’éco-conception, puis un autre petit moteur toujours géré par une IA, pour performer nos recettes d’écomatériaux. On utilise moins de matières parce qu’elle nous dit directement, si vous mettez un peu plus de vinaigre ou d’agar-agar, vous aurez un truc plus souple ou un truc plus dur. Là, il y a vraiment un intérêt parce que, écologiquement parlant, elle nous fait gagner du temps, des matières, etc. Là, elle est intéressante. Par contre, il va falloir vraiment réfléchir à quand on l’utilise, pourquoi on l’utilise et quelle IA on utilise. Si on utilise des IA qui viennent de grands groupes américains, que tout le monde utilise, la problématique, c’est toutes nos idées, nos solutions, dont on va se servir, qui ne servent pas qu’à nous. Et puis, surtout, c’est la problématique des serveurs : on va prendre de l’eau potable pour les refroidir. Et là, ça n’a aucun sens, écologiquement parlant. Enfin, on ne peut pas agir sur un emballage d’un côté pour dire « ok, je vais le réduire, je vais faire en sorte qu’il ait moins d’impact », et puis de l’autre côté, utiliser de l’énergie et de l’eau potable dont tout le monde a besoin. Enfin, tout ça n’a pas de sens. Donc, bien choisir, avoir des IA dans les labos, des IA qu’on construit nous-mêmes, avec des spécialistes qui restent en interne, partager des outils qui sont sur des serveurs, qui, par exemple, servent à chauffer des bâtiments en Suisse, ça a du sens.
C’est là qu’est la réflexion. Bien sûr qu’elle peut aider, elle ne peut pas remplacer l’humain à tous les niveaux. Il y a une étude du MIT qui est sortie assez récemment et qui explique que quand l’IA est plus performante dans 23% des cas seulement. Donc, il y a une réflexion aussi à faire à ce niveau là. On entend beaucoup pour le moment qu’elle va remplacer tous les métiers, l’IA, mais on n’est pas encore prêt à ça. Je pense qu’il faut vraiment l’utiliser comme un outil intelligent qui peut nous aider à être plus efficients, mais pas à tout va. Et c’est un petit peu le problème actuellement. Si on doit se projeter un peu, et évidemment en prenant en compte tout ce que vous venez de nous expliquer, il y a quand même, je trouve, beaucoup d’espoir, beaucoup d’intelligence collective humaine. Et même si elle est aussi parfois artificielle, mais qu’elle sert l’humain, c’est tant mieux.
Laurène : Si on se projette, de votre point de vue, à vous, de la spécialiste du green packaging et du design, comment est-ce que demain on va transporter ? Comment vous pourriez imaginer un colis ou un emballage dans une supply chain ?
Vinciane : J’ai parlé de nouveaux matériaux comme le Pulp Pak ou le mycélium et de la réduction aussi. Avoir des emballages qui ne transportent pas du vide, ça me paraît vraiment primordial. C’est une base si on va vers ça. Et puis derrière la logistique, naturellement, on va parler de palettisation, de gerbage, où souvent, on va utiliser du film plastique aussi pour emballer les palettes, pour que les produits ne se baladent pas dans le camion, etc. Il existe des solutions, je parlais de Loopipak, par exemple, qui sont des housses, comme pour les costumes, pour les belles robes, etc. C’est des housses qui englobent la palette et ça veut dire que là, c’est consigné. Ce n’est plus un emballage plastique qu’on jette dès qu’il arrive dans le magasin parce qu’il faut vider la palette. ça, c’est un déchet vraiment à usage unique. Ce n’est vraiment pas une bonne idée. Et, par exemple, cette housse qui serait consignée, elle peut être très intéressante, mais ça veut dire qu’il faut changer aussi la manière dont on transporte et la relation qu’il y a avec la grande distribution en général. Comment on fait pour récupérer ? Ça veut dire aussi que le camion, il ne retourne plus nécessairement à vide. Il retourne avec peut-être, on dit toujours « vade retro satanas » le plastique ! Mais si on a des emballages plastiques, par exemple, pour transporter quantité d’emballages et qu’on récupère cet emballage plastique dans les camions à vide pour aller les remplir à nouveau, là, on a quelque chose qui est réutilisé et c’est très intéressant. Et ça, c’est un enjeu très important, par exemple, au niveau de l’Europe, la réutilisation de nos emballages. Et ça se passe aussi là, au niveau de la logistique particulièrement, je trouve en plus. Donc, il y a par exemple chez nous en Belgique, il y a une initiative qui est en train de se jouer à l’heure actuelle dans les supermarchés. Les supermarchés se sont associés et ils testent de l’emballage consigné pour tous les fruits et légumes frais qu’on ne peut plus emballer dans de l’emballage jetable et particulièrement en plastique. Et on pourrait imaginer que tous ces petits emballages plastiques sont aussi transportés dans des grands emballages plastiques et réutilisés.
Le carton, c’est une merveilleuse solution, mais il y a plein d’autres solutions. Il va falloir réfléchir aussi en termes de climat, de température, c’est-à-dire si on utilise des matériaux comme le Pulp Pak, ça absorbe l’humidité. Quand ça absorbe l’humidité, c’est beaucoup moins résistant au choc. Comment on va gérer ces changements d’humidité, sachant que le climat, il évolue, on le sent, on est au mois de mai, on le voit. Comment on va gérer ce trop-plein d’humidité ou ces températures qui changent de manière drastique, en deux jours, on n’en fait plus un secret. Donc, ça, c’est au niveau du stockage, au niveau du transport, c’est des indices importants dont il faut tenir compte pour des nouveaux matériaux comme le mycélium, comme le Pulp Pak, parce que ça ne va pas être géré comme le plastique. Le plastique était très intéressant par rapport à ça, parce qu’il ne bougeait pas. Les nouveaux matériaux, si on va faire des choses plus naturelles, ça bouge en fonction des éléments naturels. L’humidité, elle influence le mycélium et la chaleur aussi. Et c’est la même chose pour plein de matériaux. Donc, il va falloir aussi réfléchir à ça. Je trouve qu’il y a un truc super intéressant derrière ça, c’est que si on agit maintenant sur toute cette chaîne de l’emballage, qui est quand même monstrueuse dans nos vies, c’est tous les moments de notre vie, l’emballage, ça veut dire aussi qu’on peut agir sur cette augmentation, le plus 1,5 degré. Ça veut dire qu’on peut le ralentir si possible, freiner, ne pas aller au-delà et donc avoir moins de changements climatiques qui vont perturber pas que la chaîne de l’emballage. Il y a un intérêt finalement d’investir dans ce genre de système, de réfléchir à plus loin que là on gagne beaucoup d’argent quand on fait ça. Je trouve qu’il y a vraiment un intérêt à se dire, OK, on réfléchit pour dans 15 ans, pour dans 20 ans.
Les investissements qu’on fait maintenant, c’est pour tout le monde. On parle en durabilité de RSE aussi, c’est pas juste l’environnement. C’est aussi, est-ce que tout le monde se sent bien ? Est-ce que quand on commande des emballages qui sont faits à l’autre bout de la planète, est-ce que les gens qui les fabriquent, ils sont bien aussi ? On parle d’inclusivité, c’est ça aussi l’inclusivité. C’est pas juste un problème de genre ou de handicap, c’est tout ça.
Je trouve qu’il y a un intérêt très global à réfléchir de cette manière là et aller chercher justement ces innovations qui existent. Et maintenant, nous, on travaille avec Toccco Earth, c’est un institut qui justement va rechercher toutes les innovations scientifiques et qui va nous indiquer ce qui est plus intéressant, ce qu’on peut mettre déjà sur les chaînes de production à l’heure actuelle sans trop changer les machines parce que la problématique, elle est là aussi, ça coûte de changer tout ça. Il y a vraiment des innovations qu’on peut mettre maintenant, tout de suite, et il y a des pays qui le font déjà sur le marché.
Je trouve que cet investissement parfois, en plus qui n’est pas super coûteux, ce petit changement là, je change de matériaux, je fais déjà un monomatériau, ça, ça a un intérêt. Parce que quand sur mon carton, je mets une bande plastique pour fermer mon carton, on est sur deux matériaux qui perturbent le recyclage et parfois l’empêchent. Il y a un intérêt à dire, comment on ferme le carton ? Avec quoi je le ferme ? Pour que les gens n’aient plus à se préoccuper, ils enlèvent tout ce qu’il y a dans le carton pour le mettre en magasin et puis avec le carton, ça va dans le bac à carton et tout est recyclé.
Laurène : Merci beaucoup Vinciane, on arrive malheureusement au terme de cet épisode. Merci de nous avoir partagé votre savoir. Merci de nous avoir apporté ces éclairages et je vous dis à très bientôt.
Vinciane : Merci beaucoup, c’était un plaisir.

